Fin du chemin des 88 temples

Et puis, il y a la route 55 ! Soixante seize kilométres séparent les temples 23 et 24. Cette longue route longe le bord de mer, côte trés prisée des surfeurs. Malgré un paysage où se succédent plages immenses et côtés déchiquetées, la distance reste trés longue. Aprés 20 kilomètres seulement, je m’arrête dans une guesthouse nichée au calme, dans une anse. L’endroit est superbe : une plage, trois maisons et un magnifique coucher de soleil de surcroît.

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Le lendemain, partie de bonne heure, les kilomètres s’accumulent. Vers midi, je décide de faire réserver un hébergement pour le soir. Mais c’est toujours « Ippai » : c’est plein ! Eh oui, c’est le week-end. Il reste l’hébergement du temple 26…à 26 kilomètres ou bien trouver un hébergement plus sommaire référençé dans le livre Route Guide. Gratuits, ils sont réservés aux marcheurs fatigués ou malchanceux (ou les deux). Là, aucun problème de sécurité, les pélerins sont des personnes protégés. Les deux premiers abris croisés, en bord de mer, sont ouverts à tous les vents. De plus, j’aperçois dans les arbres un gros chimpanzé qui a sans doute flairé l’odeur des bananes dans mon sac. Oups, je passe mon chemin. Enfin, aprés avoir marché 45 kilométres, je vois, non je ne rêve pas, éclairée par un lampadaire à l’entrée d’un village, LA petite maisonnette. A l’intérieur, une estrade pour dormir avec coussins et édredon. Je mange (entre autre les bananes que le chimpanzé n’aura pas) et je m’installe bien au chaud dans mon duvet. Je contemple un bref moment le ciel étoilé et je m’endors avec le bruit des vagues.

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Le lendemain, mes pieds se souviennent du traitement que je leur ai infligé ! Il reste encore 8 kilométres pour atteindre le temple 26. Y arriver est un soulagement. Sans hésiter j’y prends une chambre. Pendant 2 heures je « trempe » dans une baignoire de 6 métres carré pour moi seule…Un régal !

Le jour suivant, l’étape ne fait que 12 kilomètres. Bien m’en a pris, car j’arrive vers 12 heures à Kiragawa. C’est un vieux village aux maisons traditionnelles. Dans  les ruelles, à l’abri des vents derrière des murs de pierres noires, se cachent des jardins miniatures rafraîchis par des bassins. Et c’est dans une de ces maisons que se trouve mon hébergement choisi d’ailleurs un peu au hasard. A l’intérieur, les cloisons sont encore en papier huilé. J’ai apprécié cet aprés-midi de flânerie dans les vielles rues de Kiragawa.

Sur la route 55, au gré des ampoules et des tendinites, le petit groupe que nous étions s’est effiloché. C’est aussi cela la marche. A tous, je leur souhaite bonne route.

Je suis arrivée à Kochi, la dernière étape que je m’étais fixée. En arrivant au temple 31, je retrouve par hasard un japonais et un australien avec lesquels j’avais fait un bout de chemin. Finalement, je termine mon périple sur ces aurevoirs inattendus,  témoignage d’un bout de temps et d’espace partagés.

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J’ai réalisé un peu plus du quart de la boucle. Je reste partagée entre une impression d’inachevé mais aussi une lassitude à marcher sur route dans la dernière partie.  Cela été une expérience unique, au delà de ce que j’imaginais.

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Suite du chemin des 88 temples

On pourrait penser que marcher est une activité répétitive, voire un peu ennuyeuse, que les temples se ressemblent tous…Pourtant chaque jour amène son lot de surprises et de moments uniques.

Connaissez-vous « l’osettaï » ? Ce sont de petits cadeaux offerts aux personnes marchant sur le chemin des 88 temples. Refuser est inconcevable. Ancienne coutume, elle reste toujours trés pratiquée et fait partie de la culture de ce chemin. Le contenu de l’offrande peut être trés varié. Il y a ceux qui ont minutieusement confectionné de jolis sachets en tissus pour y mettre bonbons ou biscuits. Il y a ceux qui offrent spontanément une ou deux mandarines, une boisson fraîche, un bento. Et puis les inattendus, tel ce trés vieux japonais en vélo qui s’arrêtant à ma hauteur me tend un sachet de deux kilos d’orange bon poids…Il a été trés difficile de n’en accepter que deux (oranges) ! J’ai reçu également des pansements pour soigner les ampoules, des chaufferettes, un pin’s…

Il y a aussi le salut des personnes que l’on croise, auquel il faut répondre. Mais comment répondre à une voiture de police qui, me dépassant, allume le gyrophare et lance dans le haut-parleur un tonitruant « Ohayô gozaimasu » ?

Les étapes du temple 1 au temple 23 sont de difficulté variable : plate campagne ou moyenne montagne dont certaines sont qualifiées de « korogashi ». Ce sont, par exemple, des dénivelés de 1200m constitués uniquement d’escaliers aux marches inégales et moussues. La vigilance et le poids du sac rendent ces étapes difficiles. Mais les paysages découverts sont de belles récompenses.

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La salle à manger dans un minshuku. Au milieu de la table se trouve un brasero pour y faire griller les morceaux de poissons.

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